Maryse Casol

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La Finalité de l'Art


Texte par Ève Lévesque | Images par Maryse Casol


Pour Dubos, descendant intellectuel de Locke et de Pascal de par ses théories très sensualistes et mécanistes, chaque individu devrait réagir de la même façon à l’expérience d’une œuvre d’art, quelle qu’elle soit, car nous sommes tous organisés de manière identique. Selon lui, le mérite d’une œuvre est jugé à partir de la sensation tirée de l’expérience et du sentiment éprouvé : une mécanique naturelle disponible à tous. La qualité de l’œuvre sera donc déterminée par le sentiment du public, ce dernier étant ciblé minutieusement. Le tableau doit nous parler, il doit faire appel à nos sentiments, car toute l’œuvre est dans la manière dont je vais en faire l’expérience. L’art exerce une tromperie consciente sur l’esprit par l’éveil des passions artificielles soigneusement articulée par une mécanique pathétique réfléchie par l’artiste. Mécanique parce que, comme mentionné plus haut, il s’agirait d’une suite de causes à effets, processus identique pour tout sujet faisant l’expérience ; pathétique parce qu’émouvant, entrainant un mouvement bouleversant et passionnel. Cette dynamique serait provoquée par la copie ingénieuse d’un objet capable d’exciter des passions réelles, et qui provoque tout simplement des passions artificielles, identiques à celles dont la réalité se serait chargée, mais à l’abri de tout ce qui en découle, n’affectant que l’âme sensible. Par exemple, l’humain est facilement ému par un autre homme ému, car cela lui donne le droit de sentir. Pour y arriver, tout de même, le sujet  doit y être convenablement préparé, soit par sa connaissance du contexte historique dans lequel l’œuvre s’inscrit et du contexte dans lequel sa communauté conçoit l’art.

L’expérience peut aussi nécessiter certaines connaissances sur l’histoire de l’art et sur l’auteur. Ces choses sues, le sujet éprouvera une attirance particulière pour l’œuvre, d’autant plus si la personne représentée est connue, ou si le fait évoqué a déjà été vécu, par exemple.

Selon Dubos, un homme s’attachera à une œuvre d’art et s’y plaira si l’exécution est fine, et l’imitation précise. Le temps qu’un sujet passera à observer une œuvre d’art sera influencé par plusieurs facteurs et jouera sur l’intensité des passions suscitées. Le juste milieu qu’un artiste est supposé atteindre est l’harmonie entre la composition matérielle et le choix de l’objet touchant et émouvant. Les passions seront tout de même provoquées bien avant que la raison n’ait eu le temps d’analyser l’objet en question. En fait, le sentiment ressenti est immédiat, sans intermédiaire raisonnable. Les mouvements des passions précèdent toute possible délibération sur l’imitation, lorsque celle-ci est bien exécutée. Il s’agit alors du même instinct de réaction que le sujet aurait pu avoir si l’imitation avait été la vérité.

L’art mobilise l’imitation pour atteindre ses fins. Son but étant d’être observée et éprouvée, une œuvre d’art doit nous émouvoir pour conserver notre attention fixée et notre intérêt. L’imitation d’un objet mouvant les passions comme le ferait l’objet réel, le sujet peut combler son ennui et éprouver du plaisir sans en craindre les suites souvent tristes et difficiles des passions réelles. Il est possible de croire que Platon, philosophe grec et précurseur de la théorie esthétique, serait en désaccord avec certains aspects de la théorie de Dubos. L’art chez Platon est toujours imitation, certes, mais tout dépend de la façon dont cela est fait et de ce qui est imité. L’art doit être le produit d’une contemplation philosophique, donc très réfléchi. Il doit instruire et mener à l’ouverture d’esprit, à la reconnaissance et au ressouvenir. Le véritable artiste, qui pour Platon est le philosophe, doit créer avec un regard vers la vérité et la Beauté. Dubos parle plutôt de plaisir et de divertissement, de ce qui détournera l’homme de la souffrance et de l’ennui. 

Dubos ne nous présente pas de limite à la force et à l’intensité des passions suscitées.  Platon craindra de son côté que l’imagination du sujet soit trop affectée, bouleversée par un art intense et excessif. Il reproche la possibilité de corruption de l’esprit face à l’imitation de choses non vertueuses. N’ayant pas en haute estime l’émotion ou la passion et les accusant de notre présence sur Terre, Platon vise davantage la vérité, le cosmos. L’art est nuisible s’il n’est pas créer dans un délire d’amour et dans l’enthousiasme, (la possession par les dieux) car il détourne l’âme de la vérité. L’art, pour Platon, doit être créé dans l’amour du Beau par la connaissance. Ainsi, une œuvre qui touche profondément est le fruit de l’excellence.

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Casol Villas France